Jean Joseph PETITGENET

Biographie résumée de Jean-Joseph PETITGENET
par François COLIN
Professeur honoraire des universités

 

Jean-Joseph PETITGENET est né à Cornimont en 1756.

A l'époque Cornimont différait considérablement de ce que nous connaissons: un village de 1000 habitants constitué de petites fermes familiales dispersées dans la montagne  et vivant de l 'élevage et de ses produits. Cornimont était une annexe de la paroisse de Saulxures sur Moselotte.

Jean-Joseph était le 3ème enfant d'une famille qui alla jusqu'à  compter 14 enfants, vivant pauvrement en exploitant une petite ferme sur les côteaux de Xoulces, un écart de Cornimont. Il n'en subsiste actuellement qu'un tas de pierres au milieu des arbres.

Par rapport aux autres enfants de son entourage, il bénéficiait d'une instruction que lui avait donnée le curé local qui lui avait enseigné le français, l'histoire,  la géographie et surtout le latin.

A l'âge de 18 ans, il quitta Cornimont, ses parents et ses 8 frères et soeurs d'alors, non seulement pour éviter une bouche à nourrir mais surtout pour les aider à distance.

Sa première étape fut le Collège Louis-le-Grand à Paris, où il trouva une place de surveillant. Imaginez les difficultés de ce jeune paysan, mal dégrossi aux usages du beau monde, en face d'une jeunesse turbulente issue de la noblesse et de la haute bourgeoisie, dans cet établissement  qui n'avait rien à voir avec un collège actuel. A l'époque il était considéré comme la première école du royaume, préparant non seulement au baccalauréat mais disposant de facultés de médecine, de droit, de théologie et d'une école normale supérieure formant des professeurs agrégés.

A force de travail personnel, Jean-Joseph parvint à devenir professeur de latin, l'enseignant à la satisfaction générale. C'est alors que dans des circonstances que nous ne connaissons pas, il rencontra  LAPLACE, un des plus grand mathématicien de son temps, qui détecta en lui de grandes aptitudes aux mathématiques. Il veilla alors à sa formation et au développement  de ses talents. Jean-Joseph PETITGENET avait trouvé sa voie: les mathématiques appliquées dans les domaines en exigeant un haut niveau: l'artillerie (calcul des trajectoires) et la navigation marine ( détermination des positions).

Vers 1789, Laplace l'envoya enseigner les mathématiques à l'Ecole Royale d' Artillerie de Metz, un des deux pôles de formation de haut niveau de l'artillerie française alors considérée comme la meilleure d'Europe.

Deux ou trois ans plus tard, on eut besoin d'un professeur de mathématiques lors de la création de l' Ecole d' Application de l' Artillerie à Châlons sur Marne
J-J. PETITGENET partit alors exercer cette fonction.

C'est dans ces écoles d'artillerie qu'il se lia d'amitié avec nombre de ses élèves qui accédèrent ensuite à de hautes fonctions militaires ou politiques, par exemple le Général-Baron EVAIN, futur ministre de la guerre de la Belgique, le Général AUPICK, Commandant de l' Ecole polytechnique, ambassadeur et beau-père de Baudelaire, etc. On trouve là une des composantes de la personnalité de Jean-Joseph: son aptitude à susciter la sympathie et l'amitié, que se soit auprès de ses anciens élèves dont deux deviendront Ministres de la Marine ou de la haute bourgeoisie de Dunkerque dans laquelle il évoluera plus tard.

C'est à Châlons que lui parvint en 1793 l'ordre de mobilisation lors de la levée en masse des troupes révolutionnaires qui devaient résister à toute l'Europe coalisée contre la France. Il rejoignit alors l' Armée des Ardennes à Mézières où il fut nommé professeur de mathématiques dans le corps de l'artillerie. Jouissant de la confiance des Représentants du peuple , il devint Administrateur des districts de Mézières puis de Charleville (alors appelé Libreville). On l'envoya défendre les intérêts de Mézières devant la Convention où il fit des interventions remarquées. Enfin, il siégea au tribunal militaire de l'Armée des Ardennes.

La paix revenue, il retourna à Paris en 1795 pour présider les conférences de l' Ecole Normale Supérieure nouvellement créée. C'est alors qu'il rencontra un autre grand mathématicien et homme politique, MONGE, qui s'intéressa à lui. MONGE, Examinateur de la Marine et deux fois Ministre de la Marine sous la Révolution, convainquit J-J. PETITGENET de venir enseigner à l' Ecole d' Hydrographie de Dunkerque, une école navale préparant les jeunes aux concours d'officiers de la marine de guerre et de capitaines au long cours de la marine de commerce.

A l'époque, ce type d'école était centré sur un seul personnage, le professeur d'hydrographie qui y jouait un rôle essentiel. L' école de Dunkerque était tombée très bas par ses résultats. En quelques années, Jean-Joseph parvint par ses efforts personnels a en assurer le renouveau et lui donner une grande réputation. On venait de loin, non seulement de France, mais aussi de Belgique et des Pays-Bas pour suivre ses cours . La liste des succès aux concours préparés à  l'Ecole est alors tout -à-fait impressionnante. Parmi les élèves ont relève les noms de grands noms de la marine, tels que de BOUGAINVILLE et de KERGUELEN.

Beaucoup de ses anciens élèves vouèrent toute leur vie admiration et amitié à Jean-Joseph PETITGENET. On peut en particulier citer les amiraux ROUSSIN  et de RIGNY qui devinrent tous deux Ministres de la Marine sous Louis-Philippe.

A côté de son enseignement à l' Ecole d' Hydrographie, J-J. PETITGENET  faisait des recherches en mathématiques sur la résolution des équations intégrales, se dévouait dans la formation continue et dispensait des conseils à de nombreuses autorités ou institutions. Nombre des idées qu'il exprimait surprennent par leur modernité.

Tant d'efforts justifièrent largement les grades de chevalier puis d'officier de la Légion d'honneur qui lui furent attribués.

Jean-Joseph  était loin d'être l'austère professeur de mathématiques qu'on pourrait imaginer. Il participait largement à la vie sociale de Dunkerque. Reçu dans les meilleures familles de la ville comme s'il en faisait partie, il était fondateur et animateur d'un salon littéraire réunissant tout ce que Dunkerque contait d'instruit et cultivé ( hauts fonctionnaires, un futur ministre, des officiers dont l'un allait connaitre une notoriété extraordinaire, le futur général CAMBRONNE ). On le voyait égayer par des chansons qu'il composait, le banquet annuel du salon littéraire.

Loin de Cornimont, il n'oubliait pas sa famille et toute sa vie  envoya de l'argent à ses parents, ses frères et soeurs, ses neveux. En 1829, à l'âge de 73 ans, il voulut revoir Cornimont qu'il eut du mal à reconnaitre, la révolution industrielle étant passée par là. Il y avait 4000 habitants dont de nombreux ouvriers textiles vivant dans la vallée maintenant urbanisée. Il invita à un banquet tous les PETITGENET, qu'ils soient ou non de sa famille et chacun eut la surprise de trouver un louis d'or sous sa serviette.

De retour à Dunkerque, il y poursuivit sa carrière enseignante jusqu'à l'âge de 84 ans,  et sa vie, entouré de l'affection de tous et faisant sans relâche le bien autour de lui. Vivant depuis longtemps dans la famille d'un de ses amis intimes, il s'y éteignit le 1er janvier 1847 à l'âge très respectable de 91 ans ( alors qu'à sa naissance l'espérance de vie était de 23 ans et bien qu'il ait subi toute sa vie de sérieux problèmes de santé).

 

Tout Dunkerque l'accompagna lors de ses funérailles et un monument fut dressé par souscription publique, portant la dédicace:

AU SAVANT  MODESTE ! AU MEILLEUR DES HOMMES ! SES ELEVES ET SES AMIS.

Ayant légué tous ses biens à un ami très proche, Benjamin MOREL, ancien député de Dunkerque et Président de la Chambre de Commerce, celui-ci envoya l'argent (et même davantage) au maire de Cornimont, l'industriel Georges PERRIN en lui demandant de le répartir au sein de la famille, non pas de manière égale mais en tenant compte des besoins de chacun, ce qui fut fait.

En 1860, une souscription publique ouverte à Cornimont, complétée par une dotation du conseil municipal permit d'ériger un monument à la mémoire de Jean-Joseph PETITGENET. L'autorisation en fut accordée par un décret de l' Empereur Napoléon III du 28 janvier 1861. Implanté sur la place principale de la ville, où il gênait l'urbanisation, il fut ensuite déplacé vers le terre plein de l' Ecole de la rue des Grands Meix qui jouxte la nouvelle place qui  porte depuis le 19-09-2008 le nom de Jean-Joseph PETITGENET.

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Plus de 160 ans après sa disparition, Jean-Joseph reste un modèle pour les jeunes générations. Il fut la démonstration vivante qu'à force de courage, de travail et de culture des relations humaines, il a été possible à un jeune issu d'un milieu pauvre de se construire une carrière plus qu' honorable et une notoriété certaine, tout en aidant les autres, proches ou lointains. Si cela a été possible en des temps incomparablement plus difficiles que les nôtres, pourquoi ne le serait-ce pas aujourd'hui ou demain ?